Gouffre Berger-Fromagère : jonction historique ! La spéléologie est peu médiatisé, mais suscite de plus en plus l’intérêt des passionnés de montagne et d’aventure. Dans cet épisode bonus du Camp de base, j’ai eu le privilège d’échanger avec Matisse Roussel et Valentin Chevalier. Tous deux pratiquent la spéléologie et ils ont fait partie, aux côtés de Cédric Lachat et David Parrot de l’équipe de pointe qui a réalisé une jonction entre deux réseaux mythiques : le Gouffre Berger et le Gouffre de la Fromagère. Ce réseau d’une profondeur historique de plus de mille mètres avait déjà été mis en image. C’est dans le film documentaire « On a marché sous la terre » par le réalisateur Alex Lopez, qui propose une plongée souterraine.
Le duo Matisse et Valentin, qui sont descendus dans la galerie de la boue, me racontent au micro, cette première. Un épisode qui permet de mieux comprendre les enjeux de la spéléo et le danger des cavités souterraines. Retour sur une aventure qui mêle passion, technique, et persévérance.
Les montagnes du Vercors, situées au sud de Grenoble, dans le sud-est de la France, sont connues pour leur majesté et leur beauté. Pourtant, sous ces paysages spectaculaires se cache un monde secret, un univers souterrain aussi mystérieux que fascinant. Parmi les réseaux souterrains les plus célèbres de la région, deux noms se distinguent : le Berger et la Fromagère. Ces deux gouffres mythiques, qui ont longtemps intrigué les spéléologues, viennent d’être reliés par une jonction inédite. Un exploit réalisé après plus de 70 ans de recherches acharnées.

Le Berger et la Fromagère : Deux gouffres légendaires
L’histoire du réseau du Gouffre Berger et de la Fromagère remonte aux années 1950. Le Berger a été découvert dans le Vercors en Isère sur la commune d’Engins en 1953 et devient rapidement un symbole dans le monde de la spéléo. Ce gouffre, profond de plus de 1000 mètres, a marqué un tournant majeur dans l’histoire des galeries souterraines : c’est une première mondiale.
La Fromagère, quant à elle, a été découverte une dizaine d’années après, et se situe à quelques kilomètres du Berger. Elle est également un réseau impressionnant, dont la profondeur atteint presque les 1000 mètres. Ensemble, ces deux gouffres sont devenus des cibles pour les spéléologues, désireux de découvrir si, un jour, il serait possible de relier ces deux mondes souterrains.
Gouffre Berger-Fromagère : recherches sportives et explorations
Depuis les années 1970, des rumeurs circulaient sur la possibilité d’une jonction entre le Berger et la Fromagère. En 1990, un premier succès déjà : le spéléologue Freddo Poggia avait trouvé une jonction en plongeant dans un siphon à l’aide de bouteilles à oxygène. Il parvint à relier les deux gouffres. Toutefois, cette jonction aquatique n’était pas accessible au grand public et restait une prouesse réservée aux spéléologues expérimentés.
Le véritable défi réside dans la recherche d’une jonction aérienne, qui nécessite de l’escalade, une immense organisation pour descendre avec du matériel, des sacs, des cordes,… Mais l’idée semblait irréalisable, car les deux gouffres sont très profonds et nécessitent une organisation complexe et une sécurité parfois mis à mal, avec notamment des nuits de bivouacs sous terre. Les sorties et les comptes rendus se sont multipliées au fil des décennies, avec des tentatives dans les années 1990 et 2000, mais sans véritable aboutissement.
La jonction aérienne du Gouffre Berger-Fromagère : un rêve devenu réalité
Il aura fallu attendre une période récente, 2009-2010, pour que les choses prennent une nouvelle tournure. C’est à cette époque qu’une équipe d’explorateurs a commencé à travailler activement sur la jonction aérienne. Grâce à une nouvelle entrée découverte dans un passé récent, il est devenu beaucoup plus facile d’accéder au fond de la Fromagère. Cette découverte a ravivé l’espoir des spéléologues et relancé l’enthousiasme pour une jonction aérienne.
Le projet s’est intensifié en 2015, lorsque le club spéléologique FJS a découvert un nouvel accès (D35). Cette découverte permet d’atteindre la rivière de la Fromagère plus rapidement et plus sûrement qu’auparavant. Ce nouvel accès a facilité l’exploration, mais la jonction restait un défi majeur. Le chemin était encore semé d’embûches, mais chaque petite avancée rapprochait un peu plus les spéléologues de leur but.
Un travail d’équipe et de persévérance
C’est avec cette nouvelle perspective que Matisse et Valentin et les autres ont commencé à s’attaquer sérieusement à la jonction. Leur motivation ? Découvrir une solution plus rapide et plus accessible pour relier les deux réseaux. Mais en spéléologie, chaque avancée se fait lentement, souvent à force de travail et de détermination.
Un des éléments clés qui a relancé l’exploration fut un courant d’air détecté dans la zone de la jonction. Un signe clair que quelque chose d’intéressant se cachait derrière. Un tel courant d’air est un indicateur essentiel en spéléologie. Il signifie que des volumes d’air circulent, ce qui laisse présager l’existence de galeries ou de passages non découverts. Ce courant d’air, couplé à une zone découverte par David Parrot lors d’une exploration en amont du Berger, a donné aux explorateurs le coup de pouce nécessaire pour intensifier leurs recherches.
Le défi du froid et des conditions extrêmes
L’exploration de ces réseaux n’a pas été un long fleuve tranquille. Les spéléologues ont dû faire face à des conditions de travail extrêmement difficiles. Les températures proches de 6°C tout au long de l’année, le froid constant, rivières souvent en crue. Sans compter un terrain parfois très étroit et difficile d’accès. Chaque exploration était longue et fatiguante. Elles nécessitent une préparation minutieuse, un transport de matériel lourd et de nombreuses heures passées sous terre.
Mais la passion pour la spéléologie, ce goût de l’aventure et de la découverte, poussait ces explorateurs à aller toujours plus loin. Chaque nouvelle avancée était un pas vers la jonction, un petit triomphe sur les éléments.
La jonction : un exploit mondial
Le jour où la jonction aérienne entre le Berger et la Fromagère a été réalisée, c’était un véritable coup de tonnerre dans le milieu de la spéléologie. Cette jonction, unique en son genre, relie désormais deux gouffres historiques. Ainsi, elle permet de franchir des distances qui étaient jusqu’alors inaccessibles. Les conditions extrêmes dans lesquelles sont réalisées cette jonction fait de cet aventure un exploit !
D’un point de vue sportif, cette traversée est un véritable défi. Plus de 1600 mètres de dénivelé positif, avec des passages à plus de 1000 mètres de profondeur, des remontées, des descentes et un parcours semé d’obstacles. Pour les spéléologues passionnés de sport, c’est un véritable Graal. Mais pour les non-initiés, cela peut sembler inimaginable.
Pour l’instant, cette traversée n’est pas encore accessible à tous. De nombreuses étapes restent à accomplir, notamment l’installation de cordes et d’équipements pour sécuriser le parcours. Mais une chose est certaine : la découverte de cette jonction aérienne ouvre un nouveau chapitre dans l’histoire de la spéléologie.
Une aventure scientifique
Au-delà de l’aspect sportif et aventureux, la spéléologie joue également un rôle essentiel dans la compréhension des sciences de la Terre. L’exploration souterraine permet d’observer des phénomènes géologiques. De fait, on peut en apprendre davantage sur la formation des montagnes, des rivières souterraines. Mais aussi sur l’impact des dérèglements climatiques sur les écosystèmes sous-terrains.
La spéléologie n’est pas seulement une recherche d’aventure, mais aussi une démarche scientifique, permettant de mieux comprendre notre planète et les risques naturels. Chaque exploration apporte de nouvelles informations, parfois précieuses, sur les comportements de la Terre et les risques qu’elle pourrait engendrer.
L’avenir des explorations
Après la jonction des réseaux Gouffre Berger-Fromagère, les explorations ne sont pas terminées. Les spéléologues continuent de cartographier ces nouveaux passages, de découvrir de nouvelles galeries et de perfectionner les techniques d’exploration. Le travail de topo consiste à repérer chaque point d’un réseau. Les aventuriers réalisent les cartes. C’est un travail de longue haleine, qui peut durer des années.
Mais une chose est sûre : la spéléologie dans le Vercors n’a pas fini de dévoiler ses secrets. Avec de nouvelles galeries à explorer, de nouveaux passages à découvrir, et des techniques qui ne cessent d’évoluer, les spéléologues continueront à repousser les limites de l’exploration souterraine.
