Via Alpina : marche et philosophie de vie
Via Alpina, marche en montagne et philosophie – Dans nos vies modernes, l’idée de « travail » et le rythme effréné qu’il impose sont souvent remis en question. Et si, parfois, les réponses se trouvaient ailleurs, loin des bureaux et des agendas serrés ? La marche, ce simple geste du quotidien, pourrait-elle être une forme de méditation sur nos modes de vie ? C’est en arpentant les sentiers que l’on se rend compte combien nos habitudes de travail sont profondément liées à des questions de confort, de liberté et, surtout, de sens. Rencontre dans ce cinquième épisode avec Célestine, sur la Via Alpina.
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Aujourd’hui, nombreux sont ceux qui se demandent s’il est vraiment nécessaire de consacrer 35 heures par semaine à des tâches qui semblent souvent déconnectées de nos aspirations profondes. Une réflexion qui s’ancre dans un passé lointain, lorsque, au XIXe siècle, un certain gendre de Paul Lafargue proposait, dans son ouvrage Le droit à la paresse, l’idée que trois heures de travail par jour pourraient suffire à créer une société plus saine et plus épanouie. Si cette idée semble presque utopique aujourd’hui, elle soulève une question essentielle : sommes-nous condamnés à travailler autant simplement pour répondre à des impératifs financiers et sociaux ?
« Le plus grand malheur de l’homme moderne, c’est de ne pas savoir travailler le moins possible. » — Paul Lafargue

Les rythmes de la nature, un miroir du travail intérieur
Il y a quelque chose de profondément révélateur à marcher, loin de tout ce qui nous contraint. Lorsque l’on est en montagne, seul, face à l’élément naturel, tout semble se remettre en place. La question du confort n’a plus la même valeur. Marcher sous la pluie pendant plusieurs heures devient un plaisir, une nécessité. Ce n’est pas seulement le corps qui réclame de continuer, mais bien un besoin intérieur de répondre à une sorte de discipline, à une routine saine, que l’on construit jour après jour. La sensation de bien-être n’est pas liée à un luxe quelconque, mais à la simplicité de l’acte.
« Dans la marche, il n’y a pas de chemin à parcourir, il y a seulement un chemin à vivre. » — Antoine de Saint-Exupéry
Parfois, lorsque l’on s’éloigne de la routine quotidienne et que l’on marche, que l’on vit l’instant présent, on se rend compte que nous avons besoin de très peu pour être heureux. Un toit pour se protéger, un peu de nourriture et la liberté d’aller à son propre rythme. Pourquoi, dans nos sociétés modernes, avons-nous besoin de plus ? Ce questionnement devient encore plus frappant lorsque l’on réfléchit à la vie professionnelle : plus nous gagnons, plus nous cherchons à accumuler. Et pourtant, que reste-t-il de ce confort matériel lorsque le stress et la pression nous envahissent ?
Le confort matériel : une question de société
Dans les conversations que l’on entretient aujourd’hui, surtout entre ceux qui ont un confort certain, la question du sens du travail revient régulièrement. « Pourquoi continuer à faire un travail qui nous stresse, qui ne nous plaît pas ? », se demandent de plus en plus de jeunes trentenaires. Bien sûr, il y a des impératifs financiers. Un prêt à rembourser, des enfants à nourrir. Mais, à côté de cela, est-ce que l’on se sent vraiment épanoui ? Ou, au contraire, poussé à accomplir ce travail parce qu’il est synonyme de réussite sociale ?
Le bonheur, semble-t-il, ne réside pas dans l’accumulation de biens matériels, mais dans un équilibre fragile entre ce que l’on doit faire pour vivre et ce que l’on veut vraiment faire. Quand on a la chance de pouvoir se poser cette question, pourquoi ne pas en profiter pour se réinventer, pour oser un pas de côté ? Marcher, voyager, se donner la liberté de réfléchir sans la pression constante du quotidien. Parce que finalement, le véritable luxe n’est-il pas dans cette liberté de choisir, dans ce temps que l’on s’accorde pour soi-même ?
« Le plus grand luxe, c’est la liberté d’être soi-même. » — Jean-Paul Sartre
Le travail minimaliste : une autre manière d’être
L’émergence du « minimalisme » est une réponse à cette quête de sens. L’un des exemples frappants en est Fumio Sasaki, un auteur japonais, qui, après avoir vécu dans un environnement de consommation excessive, a choisi de réduire sa vie à l’essentiel. Un matelas, un futon, une vie sobre. Mais au-delà de la simplicité de son quotidien, Sasaki a trouvé un équilibre qui lui permet de vivre pleinement. Il a compris que le confort matériel, que nous nous efforçons tous de construire, est souvent un fardeau plus qu’une bénédiction.
« Moins de biens, plus de bien-être. » — Sénèque
Peut-être que l’on se sent bien dans un petit espace, parce qu’il nous libère de la multitude de distractions et de possessions inutiles. Et, à l’issue de cette réflexion, on se pose une question essentielle : avons-nous vraiment besoin de tout ce que nous possédons ? Peut-être qu’une fois débarrassé de cette lourdeur, l’esprit devient plus léger, plus apaisé.
« La simplicité est la sophistication suprême. » — Léonard de Vinci
Retour au « travail normal » : un chemin difficile
La question qui se pose ensuite, lorsqu’on s’éloigne de tout ça, est celle du retour à la réalité. Après plusieurs mois à marcher, à se réinventer, comment revenir à un quotidien qui semble, tout à coup, beaucoup plus contraignant ? C’est un des grands questionnements auxquels se confrontent ceux qui s’aventurent dans des projets comme celui de partir en voyage à pied. Une fois l’expérience terminée, comment continuer à avancer sans perdre la liberté retrouvée ?
« La difficulté de la vie réside dans l’art de trouver l’équilibre entre ce que nous devons faire et ce que nous voulons faire. » — Charles de Gaulle
Le retour à un « travail normal » n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. Ce qui est frappant, c’est que beaucoup de ceux qui prennent ce chemin de réflexion sont des personnes avec des carrières bien établies, des diplômes, une situation financière stable. Pourtant, un mal-être persiste. La question devient alors : pourquoi avoir consacré tant de temps et d’énergie à des études et à une carrière qui ne résonnent plus ? Pourquoi continuer à faire quelque chose que l’on n’aime pas, simplement pour répondre à des attentes extérieures ?
« Un travail qu’on n’aime pas est une forme de violence contre soi-même. » — Simone de Beauvoir
Via alpina : marche et réponse de vie
Et au milieu de toutes ces questions, il y a la marche. Simple, élémentaire, apaisante. Elle semble offrir la réponse à tout : elle permet de prendre du recul, de s’interroger sur ses besoins réels et de redécouvrir la simplicité. C’est en marchant que l’on évacue les pressions extérieures, que l’on retrouve sa propre voie, en dehors des attentes et des conventions sociales.
« Marcher, c’est une manière de rêver avec les pieds. » — René Char
Il existe quelque chose de profondément spirituel dans l’acte de marcher. Quand on est seul, face à l’immensité de la nature, on comprend que l’on n’a besoin de rien d’autre que de ce que l’on porte sur soi, et que tout le reste n’est qu’une illusion. Peut-être que, finalement, ce que l’on recherche tous, au fond, c’est cette liberté. La liberté de vivre pleinement, d’être en accord avec soi-même, de ne plus se laisser définir par des horaires ou des obligations, mais seulement par les pas que l’on fait, ici et maintenant.
« La liberté, c’est la possibilité de se définir soi-même sans la contrainte des autres. » — Albert Camus
