Sophie Lavaud : une alpiniste et ses aventures en haute altitude
En 23 juin 2023, Sophie Lavaud et Dawa Sangay Sherpa foulent le sommet du Nanga Parbat au Pakistan. Ils rentrent ainsi dans la légende. Et pour cause : avec cette réussite, elle établit un record. Réaliser l’exploit de devenir le premier français, canadien (oui, tous genres confondus) et la première suissesse, à boucler les quatorze sommets de plus de 8000m de notre planète.
Cette quête des cimes a commencé en 2012. L’exploit de cette alpiniste de 55 ans née à Lausanne brise la malédiction française. Elle boucle une aventure en altitude qui dure depuis une décennie. Celle qui se définit comme une ordinaire « madame tout le monde » casse les codes de l’alpinisme moderne. Le Camp de base de celle qui a passé plus de 1500 nuits au-delà de 5000m, c’est sa tente. Tant qu’elle peut y trouver un minimum de confort et d’intimité.
Sophie Lavaud me fait le plaisir et l’honneur de son témoignage dans un nouvel épisode du podcast. Elle ouvre aussi le 1er épisode de la 4è saison du Camp de base. Aujourd’hui, elle raconte à mon micro son incroyable ascension du Nanga Parbat et l’histoire de ses débuts sur les montagnes tueuses du Népal. De la danse classique à haut niveau au chaussures de ski, elle m’explique aussi l’importance du mental et de la discipline physique. Sans oublier son évolution progressive dans l’alpinisme et ses périples dans les montagnes d’Himalaya.
* merci aux Éditions Glénat, Marion Blanchard et Romane Dargent d’avoir rendu cette rencontre possible.

Les débuts de l’alpinisme pour Sophie Lavaud
Sophie Lavaud est une alpiniste française, mais ne soyons pas chauvins : elle a trois nationalités : française, suisse et canadienne. En 2004 qu’elle réalise sa première ascension en haute montagne. Elle atteint ainsi le sommet du Mont Blanc, avec un ami qui habite dans la vallée de Chamonix. Cela déclenche une véritable passion qui l’amènera dans ce projet ambitieux à la conquête des 8000 mètres.
L’alpinisme est un sport exigeant qui défie à la fois le corps et l’esprit. Longtemps dominé par des figures masculines, de plus en plus de femmes brisent ce plafond de verre. Ainsi, elles prouvent que la montagne n’est pas l’apanage des hommes. Enfant et adolescente, Sophie pratique la danse classique a haut niveau. Elle se blesse avant d’entrer dans une compagnie et met fin à sa carrière naissante. Lorsque Sophie Lavaud parle de son parcours, il est évident que la discipline acquise en tant que danseuse classique a été un facteur déterminant dans son ascension dans l’alpinisme. La danse classique n’est pas simplement un art du mouvement, mais une école de vie. Et Sophie s’est forgée une mentalité de fer et un corps capable d’endurer des efforts intenses.
Elle se rappelle très bien de son voyage avec son frère quand elle découvre Katmandou.
« On est parti en trek en Himalaya. Mon frère avait un ami qui a épousé une Sherpani, une Népalaise, elle s’appelle Lakti et elle était une des premières femmes guides de trek au Népal. Les femmes ont eu du mal et ont toujours encore aujourd’hui du mal à s’affranchir quand elles veulent sortir des rangs de mère de famille. Mais il y en a de plus en plus. Mais à l’époque, Lakti était vraiment une des premièreset elle avait appris le français. (11:28) Donc, elle travaillait pour Aliber et en fait, elle a organisé hors saison parce qu’on y était en février, donc il faisait un froid de dingue. Mais il n’y avait personne. On devait aller au camp de base de l’Everest, sauf que les lodges étaient fermés. Et on a bifurqué dans la vallée de Chukung et on a fait ce qu’on appelle donc le Chukungri, qui est un 5005. Et ça a été un des premiers déclics. »
Sophie Lavaud au micro du Camp de base

L’ascension du Nanga Parbat : le dernier sommet
C’est en 2012 que l’alpiniste s’offre son premier 8000 : le sommet central du Shishapangma. Elle ne sait pas que le véritable sommet se trouve seulement à 14m de dénivelé au dessus. Peu importe, cette année, le Cho Oyu ne lui résiste pas non plus. Et puis, c’est en moyenne deux montagnes par an qu’elle gravit, s’offrant l’Everest le 25 mai 2014. Est-ce à ce moment qu’elle décide de s’offrir les 14 sommets ?
Mais une indigestion en 2022 lui fait raté le sommet. Sa quête s’arrête alors qu’elle a tout de même atteint le Camp 3.
Gravir le Nanga Parbat ce n’est pas rien. Tous les français qui ont voulu l’éplingler à leur collection y ont laissé la vie. Ils ont ainsi gravé irrémédiablement une malédiction française dans l’histoire de l’himalayisme. Le Nanga est surnommée la montagne tueuse. Cette aventure hors norme est retracer dans le documentaire réalisé par François Damilano. Il la suit dans cette expédition avec le journaliste Ulysse Lefebvre. Le réalisateur et aussi guide de haute montagne. Au travers de son film, il raconte comment elle a gravi ce monstre pakinais. Une dernière aventure pour conquérir le record.
Un livre, paru aux éditions Glénat « Les quatorze 8000 de Sophie Lavaud » illustré de nombreuses photos. Il retrace le parcours de l’himalayiste et de ces expéditions. Bien au-delà de son parcours, c’est aussi un très beau livre qui permet de mieux comprendre et d’appréhender les conquêtes des plus hautes montagnes du monde. Une écriture à quatre main qui lui permet de se replonger dans ses photos et ses petits carnets qu’elle n’oublie jamais d’emmener en expédition.
« Rien n’est rapide au dessus de 8000m : on pourrait même parler de l’éloge de la lenteur »
Sophie Lavaud au micro du Camp de base
La gestion des risques et l’hypoxie en haute montagne
En alpinisme, surtout à plus de 8000 mètres, la gestion des risques est une question centrale. L’hypoxie, c’est-à-dire la réduction de la quantité d’oxygène disponible dans l’air, altère non seulement les performances physiques, mais aussi les capacités mentales. Cela rendant les décisions cruciales encore plus difficiles à prendre. Sophie explique que l’un des principaux défis réside dans cette gestion fine des ressources, de la sécurité et de l’organisation.
« Quand vous êtes à 8000 mètres, vous perdez beaucoup de votre lucidité. C’est là qu’une coordination parfaite entre les membres de l’équipe et des Sherpas expérimentés devient vitale », indique Sophie. La réalisation d’une expéditions de grande envergure dépend d’une stratégie collective. De la gestion de la météo, de la planification des ascensions et des descentes, mais aussi de la prise en charge des imprévus.
Les décisions stratégiques sont toujours prises en groupe. Chaque membre de l’expédition doit connaître ses compagnons de cordées. C’est ainsi que Sophie Lavaid confie qu’elle n’est rien sans son équipe. Elle aime faire les choses en groupe et qu’elle accordance beaucoup d’importance au prévisions météorologiques de Yan Giezendanner. Cela la met en confiance pour être en mesure de prendre des décisions rapides et adaptées aux circonstances. Le météorologue joue un rôle clé, en permettant aux équipes de planifier leurs ascensions selon les fenêtres météo disponibles. Cela permet non seulement d’optimiser les chances de réussite, mais surtout de garantir la sécurité de l’ensemble de l’équipe. Car ici comme en Himalaya, les avalanches sont monnaies courantes.

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